
Par Maâmar Farah
Hier, en me rendant dans un hôpital qui ressemblait à un dépotoir, j’ai traversé les artères éventrées de la ville, comme si des bombes y étaient tombées la veille. J’ai vu des montagnes de détritus s’amonceler aux coins des rues boueuses et envahies par les eaux usées. Autour de moi, se mouvaient des êtres blêmes et abîmés aux mines défaites. Nous étions un pays en voie de développement. Nous voilà sur la voie du sous-développement !
Voilà messieurs ce que vous avez fait d’un pays où vous puisez pourtant cet argent qui vous permet de mener une vie de pacha là-bas !
A vous le gazon et les roses, les restaurants étoilés des guides gastronomiques, le TGV, les réveillons de rêve, les hôpitaux de luxe, les cinémas, les loisirs multiples ; à nous la saleté, l’insécurité, la bureaucratie, la corruption, l’ennui, la haine du flic aux vociférations à interdire aux moins de 18 ans, les prêches incendiaires des imams de la haine… mais tout cela n’est rien à côté du supplice majeur que vous nous imposez : continuer à subir vos promesses pour un paradis ici, alors que, peut-être, au même moment, vous vous faites cirer les pompes par un domestique dans une belle demeure du lac Léman ou du XVIe arrondissement de Paris ! Mais, tôt ou tard, et quelle que soit votre puissance ou l’étendue de votre fortune, vous descendrez d’un étage dans l’avion qui vous ramènera chez nous : du siège moelleux de la super-classe, vous irez dormir dans une caisse en bois, dans la soute à bagages.
Au fond, mourir ici ou là-bas, ça n’a aucune importance puisque les uns et les autres partageront les mêmes cimetières et partiront vers l’Au-delà aussi nus qu’ils sont venus en ce bas-monde ! Le dollar sera de la même inutilité que le dinar : un papier qui pourrit l’existence des vivants. Les partants n’en auront plus besoin : là où ils vont, il n’y a rien à acheter et personne à corrompre ! Juste une question leur sera posée : qu’avez-vous fait de votre peuple, de ses villes, de ses rêves ?
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