Ah si on pouvait lire les mémoires de Bouteflika !

Comme souvent, pour ne pas dire toujours, je fais comme Balzac qui écrivait plusieurs livres en même temps. Incorrigible flemmard, je me contente, pour ma part, de les bouquiner. Je compulse simultanément trois, quatre parfois, cinq opus…
Tenez par exemple, un léger tableau synoptique et récapitulatif de ces derniers temps. Je finissais Les vies de Mohamed Arkoun (PUF), le portrait contrasté que consacre Sylvie Arkoun à son énigme de père, et qui n’a pas eu l’heur de plaire au grand critique littéraire Mohammed Aïssa, occasionnellement ministre des Wakfs. En même temps, je relisais, pour les besoins d’une recension parue dans ces mêmes colonnes (Le Soir d’Algérie du 30 juin), Si Zeghar, l’iconoclaste algérien (Ena Editions), de Seddik S. Larkeche et je plongeais dans les savoureux mémoires de Mohamed Saïd Mazouzi. Dans J’ai vécu le pire et le meilleur (Casbah), ce dernier raconte, avec l’aide de Lahcène Moussaoui, sur le ton humble qui est le sien, une vie de modestie, à la limite de l’effacement, et de combat consacré à un idéal, son pays.
Ces trois livres n’ont à vue de nez rien de commun. Ni du point de vue de l’écriture, ni de la démarche. Pas davantage en ce qui concerne les références auxquelles ils renvoient. Pourtant, ils convergent quelque part vers une même finalité. Ils racontent un parcours. Et je me suis dit qu’il y a tellement de zones d’obscurité dans notre histoire récente qu’il ne serait pas mauvais que quelques-uns parmi ceux qui savent se mettent à table… Qui ? Ah !…
Il va de soi que chacun de ces livres – et plein d’autres, qui sortent parfois en catimini — méritent d’être davantage connus et susceptibles d’une analyse détaillée.
Il se publie de plus en plus d’ouvrages, notamment de témoignages et de mémoires, et on ne devrait pas s’en plaindre. Au contraire, et c’est tant mieux même si cela complète sans le remplacer l’indispensable travail des historiens.
Souvent, ce sont des militants ou des hommes politiques, débloqués par l’âge canonique qu’ils atteignent et un nouveau climat propice à l’expression, qui ressentent le besoin de se mettre au clair avec leur passé et sans doute aussi celui de laisser une trace gravée dans un pan de postérité.
Il nous faut juste apprendre à lire ces témoignages et ces mémoires d’un œil critique, un mémorialiste ou un témoin ne produisant très souvent, et presque fatalement, qu’une parole subjective, partielle et modelée par son propre point de vue.
C’est encore à Mazouzi que j’emprunte cette prévention, dans les mémoires et autres témoignages qui fleurissent ces derniers temps, contre la possible tentation de verser dans une «histoire surfaite, magnifiée et confisquée par certains et à leur seul intérêt».
Mais il n’y a pas que ça… Il y a aussi des mémoires honnêtes…
Des publications ? Je pense pêle-mêle à William Sportisse et son Camp des oliviers (Presses universitaires de Rennes), Ahmed Mahi et son De l’Ugema à l’Unea (Inas), Sadek Hadjeres et Quand une nation s’éveille (Inas). Il faut ajouter les deux tomes d’Ahmed-Taleb Ibrahimi (Mémoires d’un Algérien (Casbah), les divers livres d’Ali Haroun et d’autres.
Tous ces livres et d’autres encore, innombrables, écrits seul ou en collaboration avec des tiers, racontent utilement un itinéraire dans cette démarche classique de continuer à servir sa cause en rappelant les rapports d’un individu avec un combat, et la mise en contexte politique d’une existence sociale.
La très brève bibliographie mémorialiste que je viens d’évoquer s’ajoute à des livres qui sont devenus des classiques du genre. Je pense dans le désordre là aussi aux politiques Ferhat Abbas, Hocine Aït Ahmed, Boudiaf, Chadli Bendjedid. Je pense aussi aux intellectuels comme Mohamed Harbi, Mostefa Lacheraf, Malek Benabi.
Mais aussi à des militants peut-être moins connus mais dont l’expérience et le parcours sont tout autant respectables, comme Hamou Amirouche, Djoudi Attoumi, Si El Hafid ou encore le sulfureux Mohand Arab Bessaoud.
Ou aux militaires : Tahar Zbiri, le général Hocine Benmaâlem, le prolifique et célébrissime Khaled Nezzar… Et voilà que je me lance exactement dans ce qu’il ne faut pas faire, l’énumération. C’est la voie la plus directe et la plus sûre d’aller dans le mur de l’oubli… Que les très nombreux témoins et mémorialistes que j’omets ici me pardonnent. Qu’ils se rassurent aussi, il est des historiens auxquels aucune ligne imprimée n’échappe…
En tout cas, beaucoup de militants du FLN, du PCA, des syndicats et organisations sectorielles, versent désormais dans l’escarcelle de la mémoire collective en déshérence leur écot de souvenirs.
J’avoue que personnellement, les témoignages et les mémoires forment un genre que j’apprécie particulièrement pour le côté romanesque.
Outre le fait de revenir fatalement sur des périodes de l’Algérie assez troubles, et quelle période ne l’est pas, je vous le demande, on découvre des hommes ou des femmes – très peu de femmes ont écrit : Louisette Ighil-Ahriz, Zoulikha Bekkadour – derrière les personnages qu’ils sont ou qu’ils se forgent.
Une déception, par exemple. Toujours intrigué par les événements d’Octobre 1988, je m’étais précipité sur les ouvrages de Khaled Nezzar puis de Chadli Bendjedid, espérant y trouver au moins partiellement la clé de l’énigme. Patatras ! Pas grand-chose à se mettre sous la dent.
Voilà pourquoi l’histoire racontée par ses propres acteurs est forcément relative.
Quand on a été, comme dans les deux cas précédents, aux responsabilités et qu’on a été contraints, ce faisant, à prendre des décisions de peu de noblesse, la tendance à l’autocritique et à l’évaluation neutre n’est pas nécessairement la denrée la plus courante lorsqu’on évoque ce passé.
Dans le pays du secret et du silence comme le nôtre, il y a toujours très peu de gens qui savent. C’est de ceux-là qu’on attend des révélations, non pas au sens de scoop livré au voyeurisme mais à celui d’informations qui permettent de comprendre des événements qui ont compté dans le destin national. Quand il y en a, elles ne sont pas toujours fiables et servent parfois moins à faire savoir à l’opinion publique ce qu’elle ne doit pas ignorer mais tout bonnement à régler des comptes et, de préférence, avec les morts. L’exemple, pitoyable, d’Ali Kafi s’en prenant à Abane Ramdane est là pour illustrer cette fâcheuse tendance.
Si on resserrait la focale sur les présidents de la République, censés être les hommes les mieux informés d’un pays, on s’aperçoit que sur ceux que l’armée a donnés à l’Algérie depuis l’indépendance, il n’y a, du point de vue de l’écriture, rien de déterminant. Ce que l’on sait de Ben Bella, qui aurait dû écrire davantage qu’il n’a parlé, raconté par lui-même, c’est surtout à travers les pléthoriques interviews qu’il a accordées les dix dernières années de sa vie.
Boumediène, qui était du genre à produire une réflexion à partir d’une pratique, est mort trop tôt et en plein exercice du pouvoir. Chadli Bendjedid a rédigé des mémoires qui semblent dûment expurgés. Lisses. Sans arêtes.
Boudiaf a été assassiné avant même que son action en tant que Président ait porté ses fruits. Son ouvrage «Où va l’Algérie», rédigé bien avant qu’il n’arrive au pouvoir, éclaire cependant une partie de son itinéraire.
Ali Kafi a eu, lui, le temps de déverser, en guise de mémoires, son fiel dans des écrits qui n’honorent pas le genre.
Liamine Zeroual reste silencieux. Lui aussi aurait sans doute beaucoup à dire à la fois sur les années 1980 et les démêlés avec Chadli Bendjedid et sur les années 1990. Trop peut-être !
Reste… Abdelaziz Bouteflika.
J’avoue que c’est à lui que j’ai pensé en relisant Zeghar, Mazouzi, Arkoun.
Pourquoi ? Parce que son itinéraire mériterait d’être raconté par lui-même. Depuis les années 1950, il est toujours là où se prennent les décisions. Là où s’exerce le pouvoir.
Il aurait sans doute bien des choses à verser lui aussi à la mémoire collective. Qu’il s’agisse de la prise de pouvoir par le clan d’Oujda, du coup d’Etat de juin 1965, de son rôle en tant que sempiternel ministre des Affaires étrangères de Boumediène, du décès de ce dernier et des luttes de sérail pour la succession. Il a été aux premières loges dans tous ces événements-clés et néanmoins peu connus.
Je crois que s’il n’avait fait qu’un seul mandat, pour le fun, et qui aurait été une façon raffinée de marquer l’histoire plus sensible à ceux qui s’en vont léger qu’à ceux qui s’incrustent lourdement, il aurait consacré le temps que lui auraient laissé tous les autres à ses mémoires. Cela aurait constitué un acte patriotique qui l’aurait adoubé avec panache par l’Histoire. Au lieu de quoi…
A. M.

Jeûneur ordinaire

Ramadhan. Troisième jour. Ou quatrième. Ou… Pas moyen de compter. Comme tout le reste, les neurones entrent en hibernation. Délices de la paresse. Délectation de la diète. Rien ne se crée, rien ne se perd. Et rien ne se transforme, pas même ce bon vieux chimiste et philosophe Lavoisier. Tout est en suspension. Figé. Statufié. Dans l’état d’hébétude viscéral dû au carême sans qu’il soit adouci par le moindre chouia de spiritualité, qu’as-tu à dire ma foi ? Comment et avec quoi t’acquitter de l’apostrophe ?
Essoré par lacération des entrailles, gorge sèche, regard fou et nerfs en marmelade, nulle goutte de syllabe n’érodera l’airain de ton humeur.
Soit ! Tu es un jeûneur ordinaire.
Renfrogné. Visage fermé comme un livre sous cellophane. Irascible. Nerveux comme un putois, tu schlingues la mauvaise foi. Et le pire, c’est que, à l’instar du cholestérol, tu crois que c’est de la bonne. De toute façon, tu es persuadé que tu crois…
T’inquiète, tu es un jeûneur ordinaire !
Tu te lèves le matin, déjà la lippe boudeuse, le teint hâve, l’œil en rampe de lancement de missiles terre-terre. Ton réservoir d’amertume est rempli à ras-bord. Tu prends ta bagnole en pestant contre ces caravanes de chameliers égarés au volant de véhicules à crédit. Tu te surprends à vociférer comme un charretier :
– Regardez-moi cette bande de culs-terreux ! Et dire que vous traînez aux commandes de berlines aux yeux bleus !
Evidemment, on te surprendrait fortement si on t’incluait parmi ceux que tu dénonces. Tous des culs-terreux ! Moins un ! Tous des envahisseurs échappés de la cambrousse où on pratique des rites barbares. Tous, sauf toi !
Toi tu es un citadin de souche, un beldi pure laine d’Ecosse, un fils de la Ville, la seule, l’unique, la tienne. Tu es un raffiné, un vrai de vrai, la réincarnation de Ziryab. Tu n’as rien à voir avec ce troupeau de moutons enragés par la faim. Et en plus tu es cultivé. Tu sais.
Tu es un jeûneur ordinaire.
Tu arrives au boulot après avoir échappé à des bagarres matinales, donné et essuyé quelques insultes estampillées hallal. Et comme tout un chacun, tu convoques Dieu à chaque hémistiche.
Tu remercies en ton for intérieur les trésors de sagesse qu’insuffle chez tes compatriotes la sainte religion. Qu’est-ce que ce serait si on ne l’avait pas ?
Tu n’es pas sûr qu’au boulot tes collègues travaillent moins que d’habitude. Si, si, peut-être, quand même un peu ! Il est certain par contre qu’ils sont plus irritables. Euphémisme. Ce sont des grenades dégoupillées, le moindre faux geste provoque la déflagration.
Et tu les vois recevoir le public. Tiens, le préposé au Guichet-1 par exemple. Il porte le prénom de l’un des compagnons du Prophète. Ça lui donne de l’autorité. Il interroge, péremptoire, sur le ton de l’ange Azraïne :
– As-tu rapporté le récépissé ?
Le petit vieux dont la bouche arrive à peine au niveau de la béance du guichet lui tend le papier.
– La date est illisible, tonne Azraïne et le son de sa voix est amplifié par l’écho stroboscopique du cauchemar. Il m’en faut un autre. Reviens après l’Aïd et on verra.
Le petit vieux essaye de protester :
– Mais je ne pourrai pas toucher ma pension sans…
Azraïne s’emporte :
– C’est pas possible ! Déjà que le Ramadhan est pénible, alors avec des gens comme toi, ça devient un enfer !
Le petit vieux s’enhardit :
– Mais le Ramadhan, mon fils, il est pour moi comme pour toi !
Le gars, furibard :
– Vous pigez rien. Faut pas s’étonner que le pays marche avec un déambulateur !
De telles scènes, tu en vois tous les jours. Tu en vis tous les jours.
Tu es un jeûneur ordinaire.
Et comme tes collègues, comme tes amis du quartier, tu es d’inspiration œsophagique. Le tube digestif tapi en toi comme la Démon de Socrate se dresse sur ses ergots et te sert de bâton de pèlerin. Tu parles de bouf à satiété. Tu élabores des menus gargantuesques. Tu concoctes des recettes délirantes. Tu dresses des plans géostratégiques d’ingurgitation de glucides oints à l’eau de Zem-Zem. Tu es la preuve vivante et irréfutable de cette très sérieuse thèse selon laquelle les intestins comportent des neurones. Sauf que toi, tu vas plus loin. C’est ton cerveau tout entier qui siège dans tes tuyaux.
Oui, tu es un jeûneur ordinaire.
En début d’après-midi, comme la plupart de tes collègues, tu te tires en catimini de ton bureau et t’en vas traîner ta carcasse desséchée par la dalle aux étals des boulangers et des pâtissiers. Tu achètes 7 sortes de pains et 13 de gâteaux. C’est entendu, tu bouffes avec les yeux.
Tu es un jeûneur ordinaire.
Le moment palpitant, ce sont ces quelques minutes avant la rupture du jeûne. L’esprit embrumé, dénué de toute capacité d’évaluation ou d’analyse, tu fais le bilan de ta journée. Tu as échappé à des bagarres, tu es couvert d’insultes. Tu as entendu les pires propos irrespectueux à l’égard des plus faibles, mais Dieu merci, tout cela enrobé dans quelques formules religieuses. Tu écoutes à la télé ou à la radio un prédicateur hors échelle dans la Fonction publique, te faire le sermon que le Ramadhan est un mois de Concorde, de Générosité, de Grandeur d’âme, de Spiritualité. Et tu le crois quand il multiplie les majuscules.
Tu es un jeûneur ordinaire.
En dépit de ce que tu vis et de ce que tu vois de tes propres yeux, l’estomac qui te sert de cerveau te pousse à t’en prendre à tous ceux qui ont l’outrecuidance de décrire la décomposition du Ramadhan. Vendus ! Kaffirine ! Suppôts du Mal !
Tu es un jeûneur ordinaire.
Tu te prends même pour le dépositaire exclusif et intégral de la spiritualité du peuple. Tu incarnes la transcendance !
Après l’Adan, tu es bien entendu le premier servi. Tu déglutis à table quelques remerciements sacrés, et dans ta gandoura canonique, tu vas t’adonner à ces prières surérogatoires qui te vaudront quelques points supplémentaires pour l’entrée au paradis.
Pas de doute, tu es un jeûneur ordinaire.
Et pas de doute, non plus, je suis un jeûneur ordinaire.
A. M. 

FBI : 1 – FIFA : 0

Ça ressemblait à un polar de série B. Cette descente du mythique FBI pour arrêter les ripoux de la FIFA a fait le buzz autant sinon plus que jadis l’arrestation de DSK au Sofitel de New York. Images choc en direct. C’était presque de la téléréalité exaltant en prime time ce manichéisme justicier à la X Men. Avec la clarté d’un serment religieux de télévangéliste, on a vu des agents du Bien anéantir en live les forces du Mal. Vive Hollywood ! Du coup, on ne se pose même plus la question bête à pleurer. De quel droit, sacrebleu, le FBI – une agence de sheriffs yankees – s’autorise- t-il à faire une descente dans un hôtel de pays souverain, la Suisse pour ne pas la nommer, comme s’il s’agissait de la bande à Eliott Ness dans un quartier malfamé du Chicago de la prohibition? Tout baigne, rien à craindre ! On sait depuis les avions secrets de la CIA et Guantanamo que le Bien ne saurait se confiner aux limites d’une juridiction. Plus étonnant encore, le fait que cette question de bon sens ait été balayée par l’opinion publique et la presse occidentale fascinées par les buts hypnotiques marqués par le FBI contre un empire mafieux. Tous les journalistes, toute la presse ? Heureusement, non ! Il y a des exceptions, notamment Marina Hyde qui confie dans un article du Guardian, le trublion de gauche londonien, qu’elle écrit depuis si longtemps sur la FIFA qu’elle ne compte plus les moyens que l’on a tenté d’utiliser pour nuire à son président. Plutôt pour lui envoyer des signaux, jusque-là circonstanciés. Attention, on sait ce que tu fais, pique dans la caisse autant que tu veux, mais ne contrarie pas nos intérêts géostratégiques, ok ? Du reste, un sacré type, ce Sepp Blatter ! Certes pas net, mais pas moins qu’un autre ! Et puis, tout le monde savait que le poulain et successeur du légendaire Joao Havelange, qui régna pendant vingt-quatre ans sur l’empire de la magouille et de l’opacité grâce à une camarilla de gérontocrates milliardaires pas piqués des vers, n’était pas plus propre que son mentor Alors, pourquoi ça et maintenant ? La journaliste du Guardian souligne avec malice que les USA campent ici, une fois encore, les gendarmes du monde, en envoyant leurs flics d’élite «résoudre les affaires épineuses auxquelles d’autres juridictions semblent incapables de s’attaquer, alors qu’elles ont pourtant eu littéralement des décennies pour le faire». Effet de l’impérialisme culturel qui n’est pas qu’un colifichet de ringard, le monde est à ce point culturellement américanisé, formaté par les séries télé et les films US, qu’il ne sait plus discerner les anomalies de ce genre. Tout ce qui est crédible dans un scénario le devient ipso facto dans la réalité. Et si – seconde question essentielle, et iconoclaste – la descente du FBI ne signifiait pas seulement un acte héroïque de supermen réprimant des bandits magouilleurs à la tête d’une organisation, de notoriété publique, vérolée par la corruption ? Et si elle signifiait aussi l’instrumentalisation de la FIFA en faveur des intérêts US dans la nouvelle guerre froide contre la Russie renaissante avec Poutine ? La Russie de Poutine est certes loin d’être un Etat modèle, mais il faut bien constater que les Américains sont prêts à tout pour l’empêcher de recouvrer la puissance stabilisatrice que joua autrefois l’URSS dans l’équilibre du monde. Alors l’opération contre la FIFA ne serait rien d’autre que la répression de malversations connues de très longue date visant à empêcher la tenue de la Coupe du monde de football à Saint Pétersbourg en 2018 ? Il n’est pas fantaisiste d’appréhender que d’ici le 25 juillet, date du tirage au sort des épreuves éliminatoires de la Coupe du monde, l’enquête révèle que les responsables de la FIFA arrêtés aient été soudoyés par des fonctionnaires russes, ce qui pourrait aboutir à la délocalisation de la manifestation. Le journal moscovite Gazeta.ru, cité par Le Courrier International, s’interroge très sérieusement sur le sens de la décapitation de la FIFA par les Américains. N’est-ce pas le moyen de priver la Russie d’une Coupe du monde de football tant attendue et qui n’est pas «qu’un événement sportif mais aussi un événement politique ?» Sepp Blater dont la moralité est réputée douteuse, règne sur la FIFA depuis 17 longues années ponctuées de scandales. Tout cela était su. Mais le hic, c’est qu’il a eu le malheur rédhibitoire d’avoir été adoubé par Poutine comme «ami de la Russie». Il a gagné ce titre en fermant les yeux sur la question de la Crimée, laissant l’UEFA, l’Union européenne de football, s’en charger. Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on sait que la FIFA est un puissant «Etat voyou», n’ayant de comptes à rendre à personne et jouissant de fait d’une certaine impunité. Alors, pourquoi le FBI a-t-il attendu aussi longtemps pour réagir ? C’est qu’en établissant de bons rapports avec la Russie, elle commet un crime de lèse-majesté. Il fallait lui couper les ailes avant la Coupe du monde 2018 en Russie. Voici encore un scenario de série B où le malfrat jouit de complaisance de la part du sheriff jusqu’au jour où il se révèle être au cœur d’une stratégie qui le dépasse. Tout cela est tellement comique, au fond, qu’il n’a pas échappé aux scénaristes des Simpson. En effet, la célébrissime série d’animation américaine mettant en scène une famille de classe moyenne, a consacré l’année dernière un épisode prémonitoire à ce qui arrive aujourd’hui aux responsables de la FIFA. C’était juste pour rigoler ?
A. M.

Des mots et des noms ou de l’art et de l’illégitimité

Occasion pour parler de Fen’art(1), collectif d’artistes visuels algériens qui vient de naître. Ils se sont regroupés pour faire des choses ensemble, exposer, réfléchir, projeter… Première action : expo collective à Paris, RéZolution… Et une causerie sur l’art algérien le 11 avril dernier où on m’a fait l’honneur de m’inviter avec Camille Penet-Merahi et Nourredine Saâdi. Je publie ici l’intervention que j’ai faite.
En vérité, je suis un peu embarrassé car je suis venu à cette rencontre avec des idées un peu confuses et un certain malentendu pour ne pas dire un malentendu certain.
Parce que j’ai, il y a quelque temps, écrit un texte sur la peinture de Kamel Yahiaoui, comme je le fis jadis pour des amis, Ali Silem, Belkacem Tatem et d’autres, on m’a pris pour un spécialiste de la peinture algérienne.
Ce malentendu a été lourdement aggravé par un petit billet que j’ai écrit à la mort de Wahab Mokrani. Réaction éruptive qui m’a été arrachée par la violence de la mort de Wahab, connectée à la violence de sa vie…
Je vous rassure ou plutôt je me rassure moi-même : je ne suis pas un spécialiste de la peinture algérienne, ni un critique ni un historien de l’art. Je n’en ai pas le savoir. Mes propos ne portent donc pas d’autre responsabilité que celle de ma subjectivité.
J’avoue que je ressens, pour encore corser l’affaire, derrière ce malentendu comme une forme d’illégitimité. Illégitimité ? Voilà le mot lâché.
Oui, je ressens profondément comme une illégitimité à parler de peinture et encore plus à en faire, car j’en fais un peu ou plus exactement j’en ai fait à un certain moment.
Il n’est pas impossible que mon manque d’assiduité dans la pratique de cet art provienne de ce sentiment. J’ai l’impression d’être un squatteur en peinture. Et cette impression corrosive fragilise, met même en péril le processus de création.
Vous voyez ! N’est-ce pas confus de commencer un propos sur la peinture lesté de ce sentiment d’illégitimité ?
Ce serait sans doute fatigant et relativement vain, pour ne pas dire inutile, de remonter aux sources de ce sentiment d’illégitimité. Il faut prendre très certainement en compte un élément psychologique personnel, difficile à capter et à expliquer. Mais je suis persuadé qu’il y a aussi des effets ou des restes de cette gangue idéologique nationaliste dans laquelle les gens de ma génération ont été élevés et qui a incrusté ce manichéisme quasi religieux en toute chose entre légitimité et illégitimité. Peut-être qu’un fond de haram, qui appelle de façon pressante à la transgression, et dont je ne me suis pas encore totalement libéré, agit-il encore en ce moment ?
Mais je ne vais pas vous assommer avec des états d’âme. Et voilà qu’en prononçant ce mot- le deuxième, après illégitime, qui m’a construit comme regard sur les cimaises – il s’impose à moi à la fois une figuration et une question.
En lisant Kandinsky pour qui les couleurs et les formes de l’abstraction lyrique sont d’une manière ou d’une autre l’une des expressions d’une fêlure de l’âme, je me demande si la peinture n’est pas tout bonnement un état d’âme. Personne ne bondit ? Je m’explique : il y a, à partir de l’âme, certainement une connexion avec le spirituel et avec le psychisme.
Et la question, que j’ai promise, est la suivante : exprimer un état d’âme est-il légitime ou non ?
Je vais faire un aveu. Je me suis demandé pourquoi des gens comme nous (qui ont eu la chance d’accéder à l’école, à l’instruction) n’ont pas été préparés à avoir une curiosité vis-à-vis de cet art qu’est la peinture ?
Les rares fois où j’ai exposé dans les milieux de l’immigration ou que je me suis rendu à des expositions dans les lieux de cette dernière, j’ai toujours été frappé par une sorte d’indifférence et même une commisération par rapport à la peinture et à ceux qui la pratiquent ou l’apprécient.
Voici prononcé le troisième mot de cette série. C’est en fait le même mot, seulement il est pourvu ici d’un autre sens : illégitimité ? C’est la peinture elle-même qui serait illégitime dans notre univers culturel Si c’est le cas, pourquoi ? Vaste question pour un colloque…
Je vais tenter un commencement d’ébauche de doute qui serait un début de réponse interrogative, si je puis me permettre cette circonlocution… Personnellement, l’un des motifs de mon intérêt tardif pour la peinture est peut-être dû au fait que j’ai appris à l’école la plupart des arts, mais je n’ai pas eu la chance d’y être initié de quelque manière que ce soit à la peinture.
A l’école, on a étudié la poésie, le théâtre, le roman, etc., mais de peinture, point.
Dans cette école primaire de la banlieue d’Alger que j’ai fréquentée pendant la guerre, il y avait même une salle de cinéma et des instituteurs qui nous expliquaient que le cinéma était un art. Mais point de peinture.
Au lycée, nous faisions un peu de dessin et même de la peinture, mais c’était une matière technique. Je ne me souviens pas que notre brave professeur, un artiste lui-même au sens du comportement, nous ait un jour incités à aller visiter une exposition. Et encore moins nous y emmener. De mon temps, il n’y avait pas de visite de musée. J’irais au Bardo sur mes jambes d’adulte. Chez moi, il y avait une bibliothèque montée grâce au volontarisme passionné de mon paternel, mais je n’ai jamais vu de reproduction de peinture accrochée au mur, pas même dans ces almanachs des PTT qui étaient courants à l’époque.
Je m’arrête deux secondes sur la séquence du lycée (j’y suis entré en 1964) qui est pour moi celle d’un paradoxe. A l’exception de quelques noms (Azwaw Mammeri, dont on parlait dans le village, Issiakhem, Khadda, Racim), je ne savais rien de la peinture algérienne. Je n’irais pas jusqu’à dire que, dans mon ignorance, j’allais jusqu’à me demander comment une peinture peut être algérienne mais je n’en étais pas loin. Par contre, je m’intéressais, par une sorte d’acculturation réalisée par le système éducatif, à la peinture comme passion des poètes que j’admirais. Mon penchant pour la poésie m’a fait découvrir des noms de peintres, à défaut de leurs œuvres, notamment ceux dont parlait Baudelaire – un bon critique – qui avait une admiration pour Delacroix, ou Apollinaire dont la tombe, au Père – Lachaise, présente un monument conçu par Picasso lui-même et qui a été financé par la vente aux enchères de deux œuvres de Matisse et de Picasso en juin 1924.
Voilà la peinture et la poésie comme des sœurs siamoises dans mon esprit. L’intérêt que j’ai ressenti pour le surréalisme, mouvement mené par des poètes, m’a fait découvrir les peintres comme Picasso, Dali, Miro, Chagall, Masson. Mais aussi Baya. La première fois que j’ai rencontré ce nom, c’est sous la plume d’André Breton.
La relation siamoise entre écriture et peinture m’a été révélée incidemment par une appréciation de Baudelaire disant de Fromentin, écrivain parisien et peintre orientaliste, que «ses toiles soulèvent en moi des vapeurs enivrantes». Sainte-Beuve, lui, voyait en Fromentin un homme «armé des deux mains», la peinture dans l’une et l’écriture dans l’autre.
Alors, quand on vient d’un désert pictural comme le mien, comment finit-on par peindre ? En 2003, j’ai commencé à peindre. Comme une prédestination, je le faisais la nuit, à la lumière artificielle, clandestinement, balafrant de traits insomniaques une matière inerte et trop étroite à mon goût. Une toile a toujours été pour moi un espace trop réduit pour contenir l’infini des angoisses qui président à Je cherchais moi-même l’explication et c’est bien plus tard que je le rencontrerais dans cette sentence d’Edward Hopper (peintre américain) : «Si vous pouvez le dire avec des mots, il n’y aurait aucune raison de le peindre».
Mon propos resterait encore plus illégitime que la moyenne si je n’ajoutais aux quelques mots autour desquels il s’articule des noms qui comptent dans ce chemin de découverte de la puissance ontologique de la peinture.
Denis Martinez, chez qui j’allais à Blida dans les années 1970, et chez qui cohabitaient peintres et poètes dans une seule et unique passion. J’y ai rencontré Oussama Abdedaïm, Silem, Laghouati (qui est lui aussi peintre d’une main et poète de l’autre), Tibouchi et d’autres… Sans compter Denis — lui qui a publié de la poésie.
Khadda, avec qui j’ai eu de très longues discussions, dont j’ai publié une partie dans Parcours Maghrébins en 1987, sur la critique ou plutôt l’absence de critique d’art en Algérie à l’époque. Je crois pouvoir observer que les choses ont empiré depuis sur le plan de la critique, pas de la peinture elle-même.
Tahar Djaout. De mes pérégrinations dans le journalisme culturel depuis 40 ans, Tahar est le seul journaliste qui a été attentif à la peinture et aux peintres de façon permanente et talentueuse. Je me souviens de discussions âpres à Algérie Actualités, lorsqu’il réclamait des pages pour des papiers sur des expos.
Hamid Tibouchi, ce vieux compère, est un peu comme une balise d’intégrité. Poète, il s’est donné à la poésie. Puis peintre, il s’est fait une place dans… la marge. C’est à lui que je dois de me complaire dans l’illégitimité comme dans une œuvre en soi.
Et enfin, la bande de Nacib, Yahiaoui, les jeunes quoi, qui apportent un tonus nouveau et une audace nouvelle renouvelée à la peinture algérienne. Un dernier mot… En quoi une peinture est-elle algérienne ? En vertu de cette généralité invisible observée par Kandinsky : «Toute œuvre d’art est l’enfant de son temps et bien souvent, la mère de nos sentiments. Ainsi de chaque ère culturelle naît un art qui lui est propre et qui ne saurait être répété.»
Je cite encore, à propos de cette fusion écriture-peinture, René Char, le grand poète que l’on sait, qui disait des peintres que ce sont des «alliés substantiels». Je cite enfin Voltaire : «L’art de la citation est l’art de ceux qui ne savent pas réfléchir par eux-mêmes.»
Je savais que je n’avais absolument aucune réflexion là-dessus. Merci de m’avoir écouté. Ou lu !
A. M.

1) Pour en savoir plus sur le collectif Fen’Art, on peut consulter la page Facebook :
https://www.facebook.com/groups/fenArt/?fref=ts

Les yeux languides…

Depuis un moment, j’avoue que je me sens quelque peu addict à Facebook. Un peu camé même, mais juste un brin ! Oh non, je n’y passe pas tous mes mois bissextiles mais j’y fais tout de même obligatoirement ma petite balade bucolique quotidienne. Une sorte de parcours de santé à revers. Une façon d’accomplir, en travestissant le commandement philosophique, cette prière du matin que Hegel identifiait à la consultation de la presse du jour.
Quand j’ai rejoint le réseau social, j’étais lesté d’un principe d’airain, et je voulais m’y tenir mordicus. Moyen fantastique de partager avec des gens, proches ou inconnus, des choses intéressantes, je me suis promis de faire dans le dense, le lourd, le consistant, si tu vois ce que je veux dire ! Que ça rapporte des mille et des cents à Marc Zuckerberg, je n’y voyais pas d’inconvénient. Au point où nous en sommes du masochisme, ce n’est qu’un cran de plus…
Je m’aperçus très vite que c’était là un vœu pieux, voire hypocrite. Difficile, réalisai-je, de bannir cette frivolité parfois facétieuse à laquelle invite la réalisation instantanée de la communication avec des gens qui vaquent aux quatre coins du monde. Je me suis promis, comme ça, que je ne publierai rien qui ne possède la plus-value qui dope de son écot le débat.
Je déchantai allègrement. Très vite, l’exercice allait me cingler avec une réponse banale à pleurer. Eh oui, mon bon monsieur, ainsi est l’être humain ! Les gens sont comme ça, tu vois, ingrats, indiscrets, inconséquents, jaloux, envieux, comme on dit au Café du quartier qui est l’agora de notre civilisation de la déglingue arriviste et de la vanité ontologique.
Entre ce qu’on proclame et ce qu’on fait, il y a un univers entier peuplé de tautologies. Quand je m’essore ce qui me reste de neurones pour publier sur mon mur un texte qui me paraît justiciable d’un débat, genre article, étude, réflexion, ou que je «partage» l’œuvre de quelqu’un d’autre, souvent, soit ça suscite une belle indifférence générale, soit quelques amis condescendants me gratifient d’un petit like de politesse.
Un clic du cœur virtuel et le tour est joué. Pause : faut pas généraliser, tout de même. Dans la population de Facebook, il n’y a pas que du vaporeux. Il y a, et c’est même une majorité, des maquisards du principe qui résistent farouchement aux sirènes du colifichet ou plutôt aux colifichets des sirènes.
En revanche, quand il s’agit de futilités, là ça y va ferme ! Les souris dansent tout ce qu’elles savent… Il y a alors de la générosité dans l’air. J’ai des tonnes de commentaires inspirés, caustiques, chiadés, ciselés, approbateurs, désapprobateurs, hostiles, conciliants…. Tout le monde va au charbon sans rechigner. C’est la ruée !
Mais ce n’est pas cela, le plus grave. Je me suis aperçu, à ma grande honte, que moi-même qui me pose en partisan et en praticien de la densité, je me surprends à privilégier la futilité, la frivolité, l’amusette…Je vais plus volontiers vers la vétille…
Plus facile à lire. Plus marrant. Pourquoi s’embêter avec de la sentence et de la gravité ? Tu sais, on n’a qu’une vie… L’insoutenable légèreté de l’être… Et puis, les gens sont comme ça ! Le mur de Facebook, comme celui de Berlin après la chute, quand seuls des pans ont subsisté, est là pour qu’on y taggue ce qui nous touche, fût-ce de la broutille.
Du coup, j’ai dégoté le truc. Pour faire réagir la peuplade Facebook engoncée comme je le suis moi-même désormais dans ses rites de la breloque, je balance quelquefois quelques lignes de sottise provocatrice. En vérité, j’ai appris cela d’un frangin qui, quand il veut rigoler un coup, lance comme une bouteille à la mer : «qu’est-ce qu’il est con !» Indéfini ! Personne ! No body ! Eh bien, il y a du répondant à ce type de post. Les commentaires pleuvent, qui culminent dans la philosophie…
Bien entendu, je ne vais pas t’assommer avec mes histoires de Facebook qui ressemblent du reste à celles de tous les facebookers de la Création. Si je commence par ce bout de la lorgnette, c’est parce que ça à avoir avec ce dont j’ai choisi de parler. Avant d’entrer dans la chanson, une dernière note du Facebook. Il permet quand même un échange fabuleux, instantané, avec une multitude de gens. Et surtout, on a la possibilité de publier des tas de choses, textes, musiques, photos, vidéos.
L’autre jour, je suis tombé sur la version de Chehlat Layaâni de Kamel Messaoudi. J’aime bien sa façon d’alléger des classiques et d’en faire de la variétoche. Il avait la voix pour. J’ai publié cette version avec ce commentaire à l’intention première de mon ami Nadjib Stambouli que je tiens pour l’héritier de la mémoire de la culture algéroise. Rien qui puisse lui échapper.
«Est-ce que Nadjib Stambouli me contredirait si j’avançais que Kamel Messaoudi tient la meilleure version de Chehlat Laâyani créée en 1958 par Abdelhakim Garami devenue un tube de chaâbi algérois grâce à Mohamed Zerbout qui l’a enregistrée pour la première fois en 1959 chez la maison de disques Dounia.
Ce tube de chaâbi est tiré d’un boléro cubain, Quizas Quizas, Quizas, écrit par le Cubain Osvaldo Farrés (tiens, ce ne serait pas un de nos Farrés qui aurait jadis émigré?) en 1947.
Ce post innocent a déclenché un échange riche qui nous en fait savoir davantage sur Abdelhakim Garami.
Un mec discret et talentueux, et qui mérite d’être connu au moins autant que son œuvre devenue un poncif. Mais on me fait signe que c’est fini pour aujourd’hui. Je causerai de lui et de sa chanson Chehlat Laâyani (que je traduis, faute de mieux, et avec la complicité de Nadjib Stambouli, par les Yeux languides ) tantôt….
A. M.