Les choses de la vie
16 juillet 2015

À bas l’oligarchie, vivent les travailleurs et les vrais industriels !

Par Maâmar Ferrah

Il y a à peine une semaine, le peuple grec faisait la Une de l’actualité, en se soulevant pacifiquement contre l’ordre des banques et du FMI, ces vampires modernes qui se nourrissent du sang des ouvriers et des classes moyennes, jetant des sociétés entières dans la pauvreté et le dénuement. Personne n’aurait imaginé que l’Europe de l’euro et de l’aisance allait imposer des politiques aussi désastreuses pour les peuples, jusqu’à en arriver à baisser les salaires, réduire drastiquement les retraites et fermer des usines et des administrations. On a d’ailleurs été jusqu’à stopper les émissions de la TV publique grecque et à renvoyer tout son personnel jusqu’à ce que les dernières mesures permettent de relancer l’audiovisuel public – indispensable pour chaque pays. Cette grande misère imposée par le capital a été vécue avec une rare et grande dignité par le peuple grec qui ne s’est jamais découragé et a fait face, avec abnégation, aux puissances de l’argent. Il est évident que le mouvement Syriza, venu à la politique par défaut, par la faute des autres partis dont l’incurie et le manque de courage ont compliqué la situation économique et sociale de la Grèce, n’est pas un parti de la Gauche traditionnelle, avec un ancrage populaire profond chez les classes laborieuses. Il s’insère dans ce que l’on appelle le mouvement des Indignés, lui-même héritier des rassemblements citoyens contre les atteintes à l’environnement, guerres, le G8, le nucléaire, etc. Un large front qui n’est plus déterminé par des intérêts de classe, mais par une prise de conscience sur les effets pervers de la mondialisation. Il manquera à ces mouvements la clarté des objectifs politiques et un engagement ferme et définitif auprès des travailleurs, des agriculteurs, des classes moyennes et des retraités pour les libérer définitivement du poids des restrictions budgétaires et du cycle infernal de l’endettement. Et cela, on optant tout d’abord pour une sortie de cette Europe qui n’a apporté que ruines et malheurs au peuple grec. Ce creuset de la démocratie n’est pas mort avant l’Europe unie et il n’en mourra pas après. Retour à la monnaie nationale, à la souveraineté nationale, aux investissements publics, aux nationalisations, au développement, dans une espèce de consensus national libérateur. Mais Syriza a ses limites. Il ne veut pas rompre avec le système exploiteur et vorace des banques et de leurs tutelles politiques opposées à toute remise en cause des intérêts du capital. Ce qu’il veut, c’est arracher plus et cette quête, contrairement à ce que l’on pense, le mettra toujours en position d’infériorité car les détenteurs de l’argent ont un dollar à la place du cœur. Mais il n’y a pas que Syrisa. Une partie du peuple grec veut rester en Europe, même aux conditions premières de Merkel. Ce sont les classes aisées et les rentiers du système financier ainsi que ceux qui trouvent matière à s’enrichir dans la privatisation, la déréglementation et l’effritement des lois de protection des travailleurs imposées par Bruxelles aux gouvernements nationaux. Enfin, une partie de l’électorat même de Syriza veut rester en Europe ; il appréhende une sortie précipitée d’un giron considéré comme maternel mais qui n’est que… la gueule du loup !
La crise grecque a mis à nu les retombées catastrophiques de la mondialisation qui a eu le temps de faire des ravages partout. Nous avons glissé peu à peu dans une sorte de dictature planétaire dirigée par les forces de l’argent. Les régimes politiques, qu’ils soient à la tête des grandes nations occidentales ou des petits pays du tiers-monde, ont-ils encore un pouvoir réel, une quelconque décision sur le cours des événements ? Ce qui se passe dans nos pays et à travers le monde nous pousse parfois à penser qu’il est trop tard. Mais, c’est ignorer que l’Histoire ne va pas toujours dans le sens que veulent lui imprimer les forces dominantes et les classes possédantes. Les peuples, qui peuvent sembler parfois résignés et abattus, ont des ressources inimaginables qui leur permettent de rebondir pour corriger ces errements et remettre l’Histoire sur les bons rails.
Oui, les gouvernements ont-ils encore un minimum de pouvoir ? Des institutions transnationales, à caractère financier ou économique, contrôlent tout. On peut citer, pour l’exemple, la Commission européenne de Bruxelles ou le FMI. Ou encore la Banque mondiale et l’OMC. Ces superstructures qui imposent leurs volontés aux pouvoirs locaux sont un instrument aux mains des multinationales et groupes financiers occultes qui contrôlent toute la production des biens à travers la planète et disposent de la quasi-totalité des richesses. Mais, pour donner l’illusion que les systèmes nationaux maîtrisent toujours la situation, une manipulation généralisée fait croire que la démocratie continue de fonctionner à travers des parlements constitués toujours des mêmes partis — ceux du système — et une vie démocratique superficielle, limitée aux joutes politiciennes sanctionnées par des votes bidon qui opposent toujours des candidats issus des mêmes milieux et dont la différence idéologique n’est guère visible. En Europe, la gauche et la droite se ressemblent au point où, parfois, c’est la gauche qui mène une politique de droite et inversement. En fait, à des moments précis du développement de l’ultralibéralisme, il fallait accélérer certaines privatisations et les «socialistes», au pouvoir à cette période-là, n’avaient pas d’autre alternative que de mener à bien ces fameuses réformes. Par contre, dans des phases marquées par le mécontentement général et le réveil de la conscience populaire, ce sont les partis de droite qui ont dû reculer et voter des budgets pour l’école, la santé et la protection sociale. Les Etats n’ont plus aucune marge de manœuvre puisque ce sont les institutions supranationales qui imposent les politiques à mener à travers des accords scrupuleusement contrôlés. Ces accords et autres traités sont un moyen efficace aux mains des multinationales pour imposer leur diktat et étouffer toute velléité de résistance de la part des Etats nationaux. Pour protéger ses agriculteurs, la France doit avoir l’aval de Bruxelles et, pour gérer sa petite industrie nucléaire, l’Algérie doit exécuter les ordres de l’Agence internationale de l’énergie atomique. On peut multiplier les exemples à l’infini. Quant à la «démocratie», ou ce qui en reste, c’est juste une illusion. En fait, il s’agit partout d’une démocratie de façade, à des degrés divers selon les pays. Aux Etats-Unis, seule une petite minorité de riches peut se présenter aux élections, les autres n’ont aucun droit de participer à la vie démocratique. Est-il possible, par exemple, pour un travailleur de gagner le vote pour la Maison Blanche ? Pour y penser seulement, il faut des milliards… Un Noir, me dites-vous ? M. Obama est l’exception qui confirme la règle. Qu’est-ce qui a changé pour la communauté noire deshéritée dans le pays de l’opulence ? Rien, ou si : maintenant, la police blanche s’entraîne sur leurs ombres furtives dans les territoires livrés aux marginaux et aux… nouveaux cow-boys. Sur un autre plan, la gigamanipulation du 11 septembre a réduit considérablement les libertés individuelles par le truchement du Patriot Act. Tout le monde est écouté et si l’on est allé jusqu’à espionner le Président français ou la chancelière allemande, ce n’est pas le routier texan ou la danseuse de Las Vegas qui va échapper aux oreilles bien tendues de la NSA.
En France, on a remué terre et ciel pour que Jean-Marie Le Pen ne l’emporte pas face à Chirac ! Ce fut une incroyable manipulation anti-démocratique et personne ne s’en est offusqué. Et le prochain, qui sera-t-il ? En dehors de Sarkozy, Hollande, Valls, Fillon, etc. : les mêmes politiques, les mêmes options à tel point que l’on ne sait plus si le Parti socialiste est encore de gauche… Ni Mélanchon, ni Besancenot, ni Marie Le Pen n’ont la moindre chance de gagner des élections dont le résultat est connu d’avance : le nom du futur président sera tiré parmi les ténors du PS ou des Républicains. Tiens, pour ne pas trop s’éloigner du modèle américain bâti sur deux partis nourris aux mêmes valeurs capitalistes, M. Sarkozy propose implicitement aux socialistes d’appeler leur mouvement : les Démocrates… Du copier-collé !
Et en Algérie ? Pour changer et entretenir l’illusion, on nous a offert une multitude de partis, avec un FLN toujours omniprésent, encore que le premier avait le statut officiel de parti unique, avec des orientations révolutionnaires et socialistes claires et une ligne de conduite que les générations futures apprécieront quand elles auront le temps d’étudier l’expérience algérienne des années glorieuses, loin des passions politiciennes et des clameurs régionalistes. Le FLN, parti unique, avait une politique claire, cohérente et identifiée idéologiquement. Aujourd’hui, tout ce que l’on sait, c’est que les trois partis «uniques», désidéologisés, appuient sans réserve le «programme présidentiel». Ce dernier apparaît comme un immense chantier de mise à niveau du pays pour le rendre accessible aux grands investissements capitalistes étrangers. Une véritable oligarchie, enrichie par les chantiers publics et les facilités octroyées par le pouvoir, est en train de ramper dans les arcanes du pouvoir. Nous, qui avons milité si longtemps, pour un pouvoir issu des classes laborieuses, un pouvoir qui travaille pour alléger les souffrances de ceux qui bâtissent le pays et ceux qui sont exclus et marginalisés, sommes bien tristes quand c’est un commis de l’Etat, un patron de parti, qui dit «vivre l’oligarchie !» Qu’il consulte le dictionnaire ! Je lui propose deux définitions estampillées Larousse qui se rejoignent en fait :
– Système politique dans lequel le pouvoir appartient à un petit nombre d’individus constituant soit l’élite intellectuelle (aristocratie), soit la minorité possédante (ploutocratie)…
– Accaparement d’un pouvoir ou d’une autorité par une minorité.
Ainsi, les choses sont plus claires et nous remercions M. Ouyahia d’avoir éclairé notre lanterne. La grande révolution de Novembre débouche donc le plus naturellement du monde sur l’accaparement du pouvoir par une minorité ! Et on dit, sans aucune pudeur, «vive l’oligarchie !» Les bâtisseurs de la grande Algérie des années 1970, ces retraités aux cheveux blancs qui ont réalisé des miracles à Hassi Messaoud, à Arzew, au Sahara et partout à travers ce vaste territoire qu’ils ont arrosé de leur sueur après que d’autres l’aient inondé de leur sang, ces hommes à la compétence avérée et à l’intégrité morale reconnue, auront donc perdu leur jeunesse pour donner le pouvoir à une minorité d’affairistes et, en plus, on leur doit des vivats !
Quand j’entends M. Rebrab dire qu’il peut créer un million d’emplois, je dis que nos responsables ne font pas leur boulot : ou il faut l’interner ou alors se dire qu’il n’est pas fou et lui donner la possibilité de réaliser son rêve, ici dans son pays. Deuxième exportateur après Sonatrach, il a des atouts à faire valoir et une parole qu’il faut respecter ! Que l’un des responsables politiques de ce pays lance : «Vive Rebrab !» j’aurais compris qu’il y a une volonté de sortir du trabendisme et du larbinisme pour entrer dans l’ère des grands chantiers qui feront l’Algérie de demain… Oui, c’est un capitaliste. Vous voyez, nous ne sommes plus dans l’âge de pierre du collectivisme. Et tout nous semble clair car nous n’avons rien à f… de Neuilly, ni d’une carte de séjour «là-bas», ni d’une quelconque promotion, rien de rien. Notre bonheur s’appelle : vie libre ici, justice et prospérité partagée entre tous. Et c’est pour cela que nous ne cessons d’appeler à la vigilance, l’unité et la mobilisation. Notre amour sans limites pour ce pays éclaire nos horizons qui ne sont embués par aucune prétention politique, matérielle ou financière et cela nous donne la force de la clairvoyance, la détermination des patriotes et la lumière des justes.
M. F.

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